Autos, camions, bateaux...


Pierre Givodan, "Rêveurs de songes" Médiathèque Alphonse Daudet - Alès (30) du 25 mars au 25 avril 2008

 

Dans la peinture de Pierre Givodan, on rencontre beaucoup de véhicules. Plus ébauchés que dessinés, débarrassés de tout ce qui est accessoire, ils occupent dans les oeuvres sur papier, le centre d'espaces allégoriques, se multiplient sans souci d'échelle dans les oeuvres sur toile.

Légers, ils ne sont jamais en contact avec les éléments. Voitures et camions se déplacent à plusieurs pieds au dessus du sol. Bateaux à voile ou à vapeur ignorent les routes liquides. Les wagons détachés du train sont en suspens entre les immeubles. Les avions quasi charnels nient l'air qui devrait les porter.

Le tour du monde n'est plus à faire. Tous les chemins d'eau, de terre, de feu, d'air ont été empruntés, explorés, parcourus, rebattus. Seuls demeurent, semble-t-il, dans leur dimension signifiante, voiture, camion, bateau, avion, wagon... , objets déchus d'une archéologie moderne ou à l'inverse symboles graphés et enfantins de rêves enfouis.

Mais au delà de la prise en compte d'un inconscient négligé, de désirs d'aventure et d'ivresse bafoués, d'évolutions empêchées, l'artiste fait jouer une force. Il affirme la volonté de s'affranchir par l'acte de créer, des limites d'un espace définitivement clos dans lequel s'accumulent sans ordre apparent les objets du monde et ceux de la pensée. Ainsi les véhicules apparaissent comme autant d'arguments au coeur d'une fiction.

L'artiste est un homme lucide qui fleurte avec la connaissance. Il sait qu'il n'y a pas , qu'il n'y a plus de quête de l'impossible, de chemins improbables, de grandes aventures. Il pressent la nécessaire investigation d'un espace-monde où les péripéties sont susceptibles de générer du sens alors que "Il n'y a pas de nautonier du bonheur" (Gaston Bachelard). C'est pourquoi les chemins de Pierre Givodan passent indifféremment par la conscience historique, les référents primitifs et mythologiques, les représentations naïves, les mots plus gros que les maisons, la musique aussi mélancolique soit-elle, du blues.

Peindre est pour l'artiste parler de soi-même comme si on était un autre, c'est aussi décrire des lieux, des faits, des temps comme si on était l'auteur d'un récit. Pierre Givodan perçoit la réalité comme une construction de l'esprit. Seul le produit d'une démarche créative, dans sa dimension critique et sa perspective poétique a pour lui une existence tangible.

Il construit une oeuvre peinte aux couleurs parfois violentes, souvent tendres et jubilatoires qui donne à penser la place de l'homme dans le monde, procure parfois le vertige de la fiction et offre toujours le plaisir d'une image inédite.

Catherine Plassart février 2008 Art Point France Info