Le blues du paradis

Pierre Givodan

recueil de poésie

 

 


 

Franchir le mont sisyphe
Être deux
Partir
Blues
Mauvaises idées
America
Rock
Amours
Méthode des altitudes
Au-delà

FRANCHIR LE MONT SISYPHE

 

1 - Je m'en vais

Tu arrives, tu repars, je veux juste te parler
Tu quittes la chambre
Tu vides les placards
Ton amour pour moi vole en éclats
Quand tu vas mal je t'appelle, il faut qu'j't'appelle
Je m'en vais franchir le Mont Sisyphe
Une autre fois
Une autre fois
Solo de guitare, saxo, comment peux-tu dire ça ?
Tu t'en vas toute seule, mais je n'y crois pas
Une autre fois
Solo de guitare
Et tu pleures, tu cries, tu jet' des flammes
Quand je sais que ton coeur m'appelle.
Cesse de te plaindre de moi, l'orgue chantera
Il faut encore que je dise
Je t'aime, oui, il faut le dire.

2 - Roule ta bosse

Y a-t-il quelqu'un derrière ces visages ?
Y a-t-il quelqu'un qui réponde encore ?
Au nom de l'amour !
Au nom d'un dieu encore
Tu es heureux, tu le crois
Tu es heureux pour de bon
Tu veux chanter, tu veux le dire au monde
Tu répètes le message, dis-le encore !
Nuit et jour tu as besoin d'elle
De celle qui te comble
Rock'n'roll music
Néo-musique du rythme
Et tu roules ta bosse

 

3 Tu t'exerces au piano

Tu vas déposer des fleurs sur la tombe
De l'espoir
Tu vas déposer des fleurs sur la tombe
De l'espoir
Tu vas t'exercer au piano
Tu vas mettre ton honneur dans l'solo
De piano
Tu vas mettre ton honneur dans
La note bleue
Tu vas mettre du rythme dans
Tes souliers
Tu t'en vas jouer la note bleue.

4 - Le rendez-vous

A partir de rien, de pas grand-chose, d'une étincelle
Tu t'enfonces dans la nuit
A la recherche d'un peu de lumière
Paradoxe d'un cheminement hésitant
Entre chien et loup, marécage d'oubli
Zone d'instants précieux au loin
entraperçus aux bras du souvenir
Les arbres devant toi, la plaine
Au loin, les nuages au-dessus
Qui roulent leur ennui
Une femme, un sourire, la mémoire
De presque rien
Quelques lambeaux de tissus multicolores
Qui s'accrochent au vêtement du temps,
Cela suffit a tracer une route
La route d'une vie
A partir de rien, de pas grand-chose d'une intuition
Tu regagnes petit à petit le jour
Et tu perds de nouveau ta direction
Carrefour du regret, sable mouvant
Du remord, de la fatigue ?
S'asseoir, t'asseoir au pied de ce rocher
Et voir venir, quoi ?
Les nuages, au-dessus
qui roulent leur ennui, cette femme
Qui se sait belle, toujours, le désir
Qui s'immisce dans le pli des songes
Cela ne veut pourtant pas dire grand-chose
Mais alors ! Tout t'apparaît si clair maintenant
Tu t'approches d'une construction inachevée
Une porte béante, une chaise
Elle va venir.

5 - Sweet home

Il ne manque rien, enfin tu crois
Et soudain le téléphone sonne
Allo ! ici Radio Personne
Un appel venu de loin
Qui te demande quelque chose
La musique résonne comme le son d'un rock n' roll
Un swing ancien qui te revient à l'oreille
Prendre le train pour Memphis
Le train d'un rythme spontané
Celui de la créativité
Ici Paul ! alors tu réponds
J'ai un texte, des paroles
J'ai quelque chose pour vous
Quelque chose à donner
Un chant de blues très vieux
Une musique du retour
Il te manquait tout
C'est pourquoi tu attendais
Tu attendais le train
Et tu l'ignorais
"Sweet home Alabama" etc.
J'arrive.

6 - Tu t'en vas

Dans l'armoire du souvenir les images s'entassent
Pêle-mêle tout s'y mélange
Les lieux oubliés, les amis perdus, la femme aimée
Le temps passé, si vite, si vite.
Dans la tapisserie des jours le sentiment
S'effiloche de droite et de gauche
De haut en bas, dans tous les sens
Dans la main de la vie les traces
Du présent s'assoupissent
De plus en plus légères, invisibles, illisibles
Et tu t'en vas comme cela
Sans faire plus de bruit que la chute d'une feuille
Et tout redevient calme, comme si
De rien était sur la terre, comme au ciel.

7 - Ariane

La croisée des chemins frôle le néant
La porte étonne et reste fermée
Encore un tour de clé
Tu te perds, tu te trouves
Tu l'ouvres, satisfait enfin
La croisée des chemins ouvre sur le vide
L'entrée est sombre encore
Tu tournes à droite, à gauche
Tu ne sais où elle est désormais
Où es-tu ?, cries-tu...
Nulle part de trace de cette femme
A-t-elle laissé la clé ?
Quelque part tu tournes en rond
Tu ne sais comment franchir cet espace
Ariane s'en est allée.

8 - Une vie

On a qu'une vie et peu importe
Ce qui n'a pas lieu
Ce qui ne viendra pas
On a qu'une vie, une vie et peu importe
Les histoires et les avenirs qu'on n'a pas
On a qu'une vie et peu importe de savoir ou pas
Car le chemin de l'origine est dans l'oubli
Et la route du futur est infinie
On se perd ici et là, on oublie le présent
Et il s'en va, on a qu'une vie et après
Après quoi tu t'en vas et alors
Alors n'oublie pas, tu n'as qu'une vie
Et elle est là la voie du présent
Dans la joie.

9 - Chemin du doute

Chemin du jour ensoleillé
Chemin de nuit dans les rochers
Route de solitude, amour perdu
Où s'est-elle donc cachée ?
Chemin violet couleur raisin
Chemin ocre dans la terre
Route commune, amour perdu
Pourquoi s'est-elle en allée ?
Chemin de pluie et de nuage
Chemin de granit et de falaise
Route abandonnée, amour trouvé
Une fois ici, un jour ailleurs
Amour perdu et retrouvé
Tout autour de la terre
Nulle part chez soi, toujours en route
Sur les chemins du bout du monde.

10 - J'ai froid

Elle attend la nuit, elle attend la nuit
Sans savoir pourquoi
Dans l'hôtel la bougie brûle
Chérie, chérie je te dis
Il y a le diable dans la pièce
Elle attend la nuit, elle attend la nuit
Oui, oui, sans savoir
Pourquoi, pourquoi veux-tu partir ?
Dans l'hôtel la bougie brûle
Dans la chambre je lui dis
N'écoute pas le diable, non !
N'écoute pas le diable !
Mais elle attend la nuit
Et j'ai froid, j'ai froid
Pourquoi ces guitares qui chantent
Chantent dans ma tête
Et cette batterie
Car elle attend la nuit
Et elle crie "c'est fini !"
Elle crie en descendant les escaliers
Elle souffle sur la bougie
Elle souffle sur nos vies
Chérie, chérie le diable est ici !
(solo)

11 - Panoplie blues

Elle est là, tapie dans l'ombre des crânes
Prête à se montrer, un an, dix ans cachée
On ne s'en débarrasse jamais
Elle revient toujours ensuite en silence
Des enfants rient, des femmes chantent
Mais la solitude se fond dans les murs
Et soudain tout est dépeuplé
Et rien n'annonce plus la suite
Âme en peine, nul ne t'attend plus
Ô chevaux ! Ô oiseaux !
Instants de joie et herbes hautes
Rien n'y fait, ni le temps, les saisons
La solitude se fond partout
Comme un enfer blanc, un feu brûlant
Panoplie blues juste pour toi.

12 - Grandis

Sentiment d'abandon, vieille peur, vieille peau
Change de peau !
Course à la sécurité, reviens à l'autre
Tu produis de l'insécurité, existe !
Sois libre, même si tu es incomplet
Parce que tu l'es
Sentiment d'abandon et désirs
Désir sans fin
Grandis, accepte le là
Quitte ta cage de verre
Portes et fenêtres ouvertes
Meurs et renais !
Crée ta vie
Et chante la
Pour toi !

13 - Plante et plante !

Plante donc des fleurs dans le jardin
Allez, plante, plante !
Cultive ton jardin
Sans chercher la petite bête, celle du bon Dieu
Ou le Malin génie
Et swing sans crainte, visite le destin
Sans peur ose le chemin !
Joue le jeu du beau, mise sur les fleurs
Le ciel là-haut immuable
La route immobile, un nuage, quelqu'un
A l'horizon un son à la J.B. Lenoir (guitare)

14 - Cours !

Et cours après ton os, cours donc !
Petit chien, cours vite
Vis sans rien compter, vis à droite à gauche
Sans regarder derrière, ni devant
Et marche de côté petit chien !
Tu n'es pas une oie, pas non plus perdu
Cours après ta laisse, ta maîtresse
"A better world somewhere"
Ne trahis personne et sois à la hauteur
Chien fidèle, chien rebelle
Cours après ton os,
Laisse pas tomber l'espoir !

 

 

ÊTRE DEUX

 

1 - La musique de la vie

Ne croie pas que tu aies le temps d'apprendre
la musique de la vie
D'apprécier le monde et de laisser quelque chose
Preuve que tu n'es pas égoïste
Tu as du pain sur la planche, mais ce n'est pas
trop pour toi
Aime toujours plus haut
Si tu te défends contre le temps tu n'es pas prêt
De gagner, gars
Il y a des routes et du vent, prends le large et
Tant pis
Ne confonds pas anywhere et nulle part, c'est
Trop peu

2 - Mélancolie

Lieu de nulle part
Entrepôt des songes
Jardin de passage
Arbres qui remuent
Blessure du coeur
Âme qui parle d'un
Temps qui vient
Blues que chante un Noir
Qui joue, tu écoutes
Le soir, l'exil
Peur qui ne rime pas
Glisse dans le lointain
Soirées dans ses bras
Et s'en va, parti si vite
Arrivé trop tard.

 

3 La pluie

La pluie tombe
La ville dort
La tempête fait rage
Et moi je reste seul
Je me demande que faire
Et toute cette colère
Me laisse comme rêveur
L'autoroute est pleine
De migrants de la ville
Vers la mer, la montagne
Qui rament, qui rament
La joie et puis l'amour perdu
Trouver la voie qui reste à prendre
Rêver le moment ou tout s'achève
Changer de temps.

4 - J'avais

J'avais un piano qui n'aimait pas le silence
Il aimait jouer le jour et même la nuit
Celui qui ne sait pas jouer ne sait rien du tout
J'avais toujours le temps
Celui qui joue atout coeur a tout
J'avais un piano qui voyageait de routes en routes
Brûlait sa vie sans oublier que le monde
Ne fait que passer
Et ni ses amis ni ses amours ne le guérissaient
Du léthé, des randonnées sans regret
D'errance sans foi dans des villages oubliés
J'avais un piano qui jouait sa vie comme
Un jeu de dés
Jouait sa mort sans y penser.

 

5 - Pensée

Pensée de la domination et
Révolte des esclaves
César, Alexandre, le chant des Noirs
Ecrire, publier un livre
Travailler sur un axe, celui
de Martin Luther King
Liberté de travailler aussi à la liberté du King
Celle des petits blancs qui jouent du côté de la musique
Fantasmes de l'Amérique blanche, plutôt du côté du pire.
Et puis la poésie, le nouveau "riff".

 

6 - Louper un rail

Elle est à toi cette histoire
Belle et cousue d'images claires
Accordéon en Sahara
Mais par ailleurs tu es l'étranger
Face à la mer tu vois tout noir
Tu es un chemin qui ne va nulle part
Un petit loubard un chat des rues
Chez les tordus à quand le grand soir
T'as dû louper un rail, mais c'est banal.

 

7 - Les grandes baigneuses

Sur un radeau de la méduse
L'homme erre, historique
Il fait évènement
Les Grandes baigneuses de Cézanne
Les femmes du bout du monde
Se penchent sur son coeur
Il expérimente les idées les plus simples
Il faut qu'il s'attache
Debout dans sa barque il lance un filet
Et il va de surprise en surprise
Il se parle, on lui parle
Il est arrivé près d'une île
On l'y attendait
Et il rejoint la terre

Et il rejoint les arbres
Et il touche aux nuages
Car dans la forêt est une clairière
Où s'entend le présent.

8 - L'hirondelle

Tout ce que pense l'hirondelle
Les rêves que tu trahis
Les désirs que tu oublies
La mort qui rôde
Les jours qui passent sans raison
La maison vide qui ne résonne plus
Et tu t'endors, persiennes à demi fermées
Quand dehors se répand le silence.

 

9 - Nuit

La nuit était douce et le vent amer
Toi, Haute Terre !
Toi, Ô ciel !
Pas de jour qui passe sans la voir
Pas d'horizon qui ne rappelle son nom
Et le jour qui s'annonçait gris-bleu
Les beaux jours partis.
Un chien qui aboie
Un moteur qui ronfle.

10 - Peindre

Avec des verticales, et des horizontales
Quelques points qui bougent
Quelques signes dans le noir
Qui vont vers le grand jour
Sans savoir
Sans arrêt
Qui toujours y reviennent
Sans prévoir
Un espace qui s'ouvre
Comme un oiseau s'en va
Quelque chose qui parle
D'un long, très long voyage
D'une attente qui naît
La mesure d'une joie
Et le bleu d'une pause
Tu ne sais toujours pas
Pourquoi tu y crois
Une pierre qui touche la porte des songes
Peindre l'horizon.

 

 

PARTIR

1 - Le monde t'attend

Nomade, tu l'es car tu t'en vas toujours
Dans des coins perdus que tu aimes
Des sources sauvages, un jour
Des routes... et le monde t'attend
Dans des villages sans nom
Car tu fuis les patries, les drapeaux, les armées
Les Etats forteresses, les chiens tenus en laisse
Ton pays c'est minuit, la lune rousse, l'olivier
La femme que tu aimes dans le pré
Nomade, tu l'es car les moutons qui bêlent
Non plus, tu préfères les loups
Ton ciel charrie des nuages
La vie que tu aimes est là, sur le chemin, dans les blés
Dans tes yeux c'est la braise
Car tu t'en vas toujours
Là où personne ne va plus
Là où les rêves s'achèvent
Jusqu'au bout de l'espoir
Dans ta vie c'est midi.

 

2 - L'amour du plus lointain ( à Nietzsche, à Kérouac et les autres)

Partir, partir pour aller où ?
Partir, partir pour chercher quoi ?
Aller y voir sans savoir où !
Aller chercher sans savoir quoi ...
Tu te dis qu'il faut oser encore
Les lagons bleus, les coraux blancs
Les ours blancs et la banquise
Les esquimaux et les Marquises
Les océans et les Tropiques
Avant que tous tes rêves s'achèvent
Qu'le temps te pique tes magnifiques
Rêves d'horizon, d'éternité
Avant qu'le monde te saute dessus
T'oblige à être ou ne pas être
Te bouffe la vie , te marche dessus
T'écrase et puis te bouffe entier
Avant qu'la mort vienne te saluer
Et qu'elle te dise de la rejoindre
Va donc voir les derniers guerriers
Les vrais sauvages et les Babouins
Tire-toi sans jamais t'retourner
Prends donc un train nommé désir
Et chante à plein poumon la vie
Et aime sans jamais regretter
Tu t'dis qu'il faut oser encore
Partir, partir pour aller où ?
Ce qui importe c'est d'croire encore
Aux lagons et aux coraux doux
A ta mémoire qui t'joue des tours
Et aux images qui t'envahissent
L'amour du plus lointain des jours
Là où le temps s'évanouit
Là où tout l'espace s'élargit
Là où tous les hommes sont des rois
Là où le monde n'a pas fini
De croire que le bonheur est roi
Partir, partir pour chercher quoi ?
Avant que tous tes rêves s'achèvent
Y'a pas d'répons' mais des pourquoi
Y'a rien qu'des rêv' qui s'mordent la queue.

 

3 - Gauguin

Rêveur d'un monde disparu
Supplément d'être, piste mythique
Il rêvait d'une vie si grande, si accomplie
S'en aller en Océanie
Arrivé à
Papete l'infini
Gauguin s'en va
S'enfonce dans une île
Loin de l'Europe malade
Se voulant tahitien
Religion faite
L'esprit ensauvagé
Cueilleur de fruits mûrs rouges et or
Vrai refuge de l'âge d'or
Entraîné par
Une vision de paradis
Rêverie d'Arcadie perdue
Village du
Temps des Iles Marquises
Gauguin s'en va
Idéalise l'ailleurs
Les tahitiennes
Heureux ?
Se voulant tahitien
Les Maorie
"Le droit de tout oser"
Joie de se reposer le jour
Sur les traces des femmes lascives
Celles qu'à aimé Jacques Brel, tous les jours
Au large de l'Océanie
"L'Autoportrait"
Même jusqu'au bout du monde
Gauguin s'en va
Croît encore au "Christ jaune"
Loin de l'Europe
Soigné ?
Se voulant tahitien
Un sacré peintre
L'amour des Vahiné.

 

4 - Ombre chinoise (à Wim Wenders)

Venu d'nulle part
Miroir brisé
Sauvé des eaux
Au fil du temps
Tout juste avant de s'en aller
Début d'histoire
Et tout quitter
Viv' l'évasion
Et de nouveau
Fair' sa valis' pour l'autr' côté
Plan général
Semblant d'histoire
Le cinéma
Un' caméra
Tournag' banal d'un drôl' de rêve
Un écran blanc
Un pont d'bateau
Une jonqu' chinoise
La corde raide
J'ai dit "coupez", homm' de l'image
Ombre chinoise
Une petit' gare
Un aller simple
Je m'y connais
Voyag', voyag', itinéraire
Des personnages
Point de départ
Transformation
Réalité
La frontière et le no man's land
Deux jours plus tard
Le train se perd
Le cinéma
Un homm' qui meurt
Un survivant de série B
L'Etat des Choses
A toute allure
Un' caméra
Et un' mémoire
Il devait écrir' quelque chose.

5 - De la musique

C'est ainsi que le dit Verlaine
"Comm' quand on rêve et qu'on s'éveille"
Là où l'désir nous paralyse
De la musiqu', de la musique...
Comm' quand on joue avec la vie
Comm' quand on joue avec l'amie
c'est ainsi que le dit Baud'laire
"Oh! viens voyager dans les rêves"
Non c'n'est pas le Meilleur des mondes
Comm' quand on joue avec le temps
Dans l'espoir d'une aurore jaune
Là où l'océan nous rattrape
Là où le sel nous brûl' la face.

6 - Au galop

Le voyage n'a pas fini de se poursuivre
Et l'homme se défait
A cheval, au galop
Pas amer et pas fou
Dans l'allée du présent hors des chemins battus
Comm' un saxophon' chante
Juste l'arèn' de la vie,
La vie, la nuit, c'est tout
Il guette le ciel qui s'ouvre
La maison qui sourit
Et les étoiles bleues
Et l'arbre
Ouvrir la boule d'amour
Et le miroir tout creux de la route
Se déroule.

7 - Le fou chantant

Je sais bien qu'il chante encore "La mer", là-bas
Mais il advint qu'un jour il ferma son piano
Pendant toutes ces années ses chansons amusaient
" Jeunes années " il en riait
Il a connu des jours pleins d'étoiles
Il chantait sans savoir où le mènerait la route...

8 - Âme noire

Les corps noirs et les masques blancs
Peau sombre, visages de danseurs
L'homme et la femme unis, Serpent
Force vitale, royaume du Dahomey
Statues hiératiques, artistes rigoureux
Palais mémorable d'allusions symboliques
Les corps noirs et les masques blancs
Peau noire, gestes mémorables
Elégance gracile et manières retenues
Nul ne songe à jouer du Tchad au Niger
Ethnies métaphysiques qui hantent les cieux
Sombres, modèle de l'âme noire
Afrique occidentale, sculpteurs sur bois ou pierre
L'orfèvre, le bronzier, Ferronerie Dogon
Les ancêtres, les pieux, artistes rayonnants
Fantaisie, émotion, destination sacrée
Domaines imaginaires des mythes d'origine
Façades de sanctuaires, terre de la pensée.

9 - Rébus

Le dieu caché, la lumière, la force
Le rythme qui pousse le bluesman à swinguer
Le geste propre au calligraphe en transe
La grâce du danseur qui rêve de voler
Et tout cet amour qui s'impose à l'esprit
Tout ce surplus d'énergie qui s'exprime
Toute cette joie à recréer la vie
Et tout ce qu'il reste encore à redire.

10 - Bill

Où donc est ta maison ?
Trouve la note bleue
La flèche et puis la cible
Non, ne les oublie pas !
Laisse tomber le temps
Recherche un endroit
Un billet pour Brooklyn
Le tour du monde
C'est pas grave...

 

 

BLUES

 

1 - Rythme soul

Il voul:ait connaître le sens de son voyage, de sa question
Ceux qu'ont jamais rien eu, rien su et la mémoire toujours si frèle
Le sentiment du blues du soir, d'un blues qui rythmait les années
De ceux qu'ont jamais oublié un fleuve tranquille où rien ne meurt
Une femme qui tire le fil des heures sur une guitare que rien ne calme
Un blues qui parlait de retour, de jours perdus et puis de doutes
Il dormait bien dans les motels, fenêtre ouverte sur le ciel
Mais dans son âme vibrait la note, il s'arrêtait dans une station
Des revenants du bout du monde et dans sa tête swinguait l'amour
Il alla voir les Navajos, les Fils du ciel et des oiseaux
Pour comprendre d'où venait son rêve du plus lointain des rythmes soul
Il voulait pourtant bien savoir jusqu'où aller jusqu'où savoir.

2 - Le sortilège du swing

Le sortilège du swing, le florilège des notes
Les grappes de son qui riment avec l'esprit du blues
Ce qu'il lui reste à dire, ce qu'il lui reste à faire
Et le son d'sa guitare, une aurore qui naît
Le soleil et le goût d'une extase partagée
Y'a en lui comm' le jour, la poursuit' d'une trace
Y'a en lui comm' une faille, l'éton'ment d'être là
D'où vient qu'ça chante en lui ?
D'où vient qu'il danse en rêve ?
D'où vient l'feeling, le swing ?
D'où vient qu'sa bouge en lui ?

3 - Fétiches

Les souvenirs rest'vifs
Les impressions s'amassent
Ne penser qu'à cela
Pourquoi vivr', pourquoi vivre ?
Agitation extrême quand les dansent cessent
Aventures impunies
Retrouver la musique
L'Afrique sonne à l'oreille, note bleue sans pareille
Nous priver de bonheur ?
Solitudes misérables, plaintes et prophéties
La guerre, oui, peut-être
Des chants de messianisme, disciples du lézard
Chanter la bonne nouvelle
Loin des européens, ou la saison des pluies
Ou l'appel de la nuit
Epoque de tensions
Le monde est fils de Dieu
Ordonné à l'église, jour de fête au pays
Le monde n'est pas pieux
Epoque des prisons
Tout n'est pas si parfait
Liberté, liberté, les prophètes se lèvent
Am' perdues d' n' être rien
Voici quelqu' décennies
On les app'lait des "nègres"
Pas sujets de l'histoire
Retrouver la musique, celle qui sonne à l'oreille
Note bleue de l'Afrique, l'histoire, le monde blanc
Qui oublie l'homme noir, le buffle et l'éléphant
Passion des origines
Les souvenirs rest'vifs
Les impressions s'amassent
Ne penser qu'à cela
Pourquoi vivr', pourquoi vivre ?
Longtemps objet de troc
L'Afrique brûle ses fétiches.

 

4 - Pauvre guitare

T'as des idées pour tout changer
Les sentiments et les Beaux-Arts
T'es là pour jouer même si tu grondes
Quand on te pinc' les cord' pour plaire
Mais le monde s'en fiche de ta joie
Et de l'amour pour la planète
Mais le mond' fait comm' ça lui plaît
Des jours tranquil' qui s'jouent d'la vie,
Des femmes qui rient à perdre la tête
Et de l'amour pour la planète,
T'as un vieux blues qui t'brûle les doigts
Et la mélancolie qui vient
Cell' d'un chemin qui n'va nul'part
Et qui t'habit' jusqu'au lend'main
Ma pauvr' guitare pas sage.

5 - Le prophète

Il avait fait un rêve
On l'disait révolté
Lui, c'est sûr, il rêvait
Des foules entières chantaient
On l'appelait Martin
Oui, Martin Luther King
Il rêvait de changer le monde
Et l'Amérique
Oublier la haine, sans oublier
L'amour, cet amour qui suffit
Et parfois ça nous prend,
Il arrive qu'on y croie
On l'appelait Martin
Où n'importe quel prophète.

 

6 Jimi

Joueur ailé, « Hey Joe » si vite
Symbol’ pas mort, toujours furieux
Guitar’ élue des seventies
Mang’ ta guitare et puis la brûle
Jimi entier triomph’ sur scène
Guitar’ héros icôn’ du rock
Triomph’ sur scèn’ dès les sixties
Phénomèn’ pur du rock n’ roll
Mort d’avoir dû jouer si fort
Ta vie qu’aucun talent n’approche
Fou solitair’ toujours ici
Tout simplement entendr’ encore
Le blues des trip’, le styl’ en plus
Jimi toujours homm’ inédit
Imag’ d’hier pour aujourd’hui
Ecoute « Hey Joe » une fois de plus…
Jamais tu poses sur les photos
Comm’ tu joues Go, Go, Go « Hey Joe »
Ta gloire fascine et puis ta route
Beautiful man Jimi the sound
T’as joué ton âme sans état d’âme
Tout comm’ Basquiat t’avais l’cœur noir
Tout comm’ lui t’es parti si vite
Pressé d’rejoindr’ le paradis
De ceux qu’ont l’espoir de tout voir
Quand on a l’blues c’est pour la vie
Tout comm’ certains sur les photos
Il t’manque quelqu’chose pour être joyeux
T’es emprunté sauf quand tu joues
Là t’es heureux y’a pas «photo »
T’as joué à fond ta vie pour nous
Joueur ailé, « Hey Joe » si vite …

7 Le son de ta voix

Dans le son de ta voix
Y’a la mer, l’océan
Le bruit des chaînes qui croît
Au fond des cal’ sans nom
Dans le son de ta voix
Y’a des enfants qui pleurent
Des sanglots d’femm’ qui croissent
Des rêves d’homm’ qui se meurent
Dans le son de ta voix
Y’a la craint’ d’arriver
Dans ce pays sans nom
Où l’on meur’ sans parler
Où les coups de « bourdon »
Font plus mal qu’le fouet
Dans ce pays sans nom
Où l’on, travaill’ sans fin
Dans des champs de coton
Sans connaître la paix
Dans ce pays sans nom
Y’a la craint’ d’arriver
Dans le son de ta voix
Y’a l’souv’nir de l’Afrique
La mémoir’ des histoires
Des tambours et des fifres
Dans le son de ta voix
Y’a des sag’ des griots
Des rêves de lion
Des processions de rois
Dans le son de ta voix
Y’a le regret d’partir
Dans ce pays sans nom
Où l’homm’ blanc ne compt’ pas
Le temps sans horizon
Qu’l’on n’ compt’plus qui n’compt’ pas
Dans ce pays sans nom
Où l’amour est banni
Où l’on n’a plus de nom
Ni non plus de pays
Dans ce pays sans nom
Y’a la peur d’y mourir
Dans le son de ta voix
Y’a l’espoir du retour
Celui d’rentrer chez soi
Un’ maison, l’son du blues.

8 Le bout du monde

Une musiqu’ triste
musiqu’ pas gaie
Un homm’ qui joue
Chagrin d’amour
Une femm’ qui rit
Pas de pitié
Dans le saloon
Il fait très chaud
Le bout du monde
Puis des chevaux
T’es parti loin
Pour oublier
On n’oublie rien
Y’a pas d’secret
Une vill’ fantôme
Quand t’es venu
Tu cherchais quoi ?
Tu t’souviens plus
Y’avait pas d’quoi
Un air de blues
Et trois accords
Une voix rude
Le son est fort
La femm’ te parle
Tu n’comprends pas
Une sirèn’ passe
Tu la regardes
Dehors fait chaud
La ville dort
Une vill’ fantôme
Au bout du monde
Une musiqu’ « speed »
L’homm’ a le « beat »
Et puis ça swingue
Mais y’a pas d’monde
La femm’ se lasse
Fait demi-tour
Salue la salle
Va faire un tour
Tu pens’ aux ch’vaux
La vie sauvage
Pour oublier
Où d’venir sage
Y’a pas d’secret
C’est l’dernier mot
Tout semble simple
Un air de blues
L’homm’ se déchaîne
Et puis s’écroule
La ville dort
Et toi tu sors.

9 Le blues du paradis

Ils sont partis un jour chercher le paradis
Ils voulaient tous avoir à manger et bien plus
Ils ont trouvé la haine , la guerre et puis l'exil
Ils sont partis un jour chercher le paradis
Car on n'construit rien non !
On ne construit rien non !
Sur le racism', la peur
Sur le racism', la peur
Mêm' si l'on aim' bien l'autre
Quand on n'a pas d'remord
On ne construit rien non !
On ne construit rien non !
Ils voulaient tous refair' table rase et retour
Cas' départ et puis go en avant droit devant
Aveugles à ceux d'en fac' qu'ont tout vu sans atout
Ils voulaient tous refair' table rase et retour
Car on n'construit rien non !
On ne construit rien non !
Sur le racism', la peur
Sur le racism', la peur
Mêm' si l'on aim' bien l'autre
Quand on n'a pas d'remord
On ne construit rien non !
On ne construit rien non !
N'ont pas compris qu'la hain' engendr' la haine et plus
Le mépris, le rejet et puis le coup d'folie
Sont repartis honteux sans n'avoir rien perçu
N'ont pas compris qu'la hain' engendr' la haine et plus.
Car on n'construit rien non !
On ne construit rien non !
Sur le racism', la peur
Sur le racism', la peur
Mêm 'si l'on aim' bien l'autre
Quand on n'a pas d'remord
On ne construit rien non !
On ne construit rien non !

10 Go'in home

Il y'a la vie qui part
Et l'amour qui revient
Et à la fin du soir
Dans la pluie du lend'main
On n'a pas de réponse
Il y'a le temps qui file
Et les enfants qui partent
Et dans le coeur qui crie
Et devant le miroir
On n'a pas de réponse
Il y'a la mort qui rode
Et la beauté qui chante
Un blues qui nous corrode
Et le dout' qui nous hante
On n'a pas de réponse
Il y'a la femme qu'on aime
Et la souffranc' qui naît
De la peur de la perdre
Du désir d'être aimé
On n'a pas de réponse
Il y'a le goût d'chanter
Et celui d'la musique
L'envie d'éterniser
L'expérience esthétique
On n'a pas de réponse
Il y'a la solitude
Et le son du Gospel
Le swing qui nous salue
Et Dieu qui nous appelle
On n'a pas de réponse
Il y'a la mélodie
D'un saxo qui chuinte
"Go'in home" et l'ennui
D'être là et la crainte
On n'a pas de réponse
Il y'a la nuit qui vient
Le silenc' qui se fait
Il y'a la vie qui tient
Et l'amour qui se tait
On n'a pas de réponse.

 

11 La musiqu', c'était tout' sa vie

Tu l'avais rencontré vingt ans auparavant
Il avait joué si fort, si haut et puis si grave
Tu ne le croyais pas lorsque t'entendais ça
Il était l'homm' qui touch' le bonheur dans ses doigts
Son jeu était le blues, sa manière élégante
La musiqu' c'était tout' sa vie.
Ses yeux étaient fermés, se têt' regardait l'sol
On lui avait dit d'jouer, pour un autr' mond' peut-être
C'est à ça qu'la musiqu' devrait servir quand même
Ses ancêtr' le savaient qui jouaient malgré les chaînes
Ce que l'homm' fait à l'homm', ce qu'il fait à la femme
La musiqu' c'était tout' sa vie.
Vingt ans après tu l'as de nouveau entendu
Tu ne crois plus qu'le mond' soit une île au trésor
Tu r'gard' voler l'oiseau dans l'or du soir encore
Tu r'dis les phras' du jazz, du blues et puis du rock
T'es sûr qu'il a trouvé la vérité qui tue.
La musiqu' c'était tout' sa vie.
Il t'avait dit qu'il fallait creuser sa mémoire
Il n' savait pas qu'ton coeur battait du mêm' frisson
Toi l'africain, toi le mauvais garçon, Ah bon !
Toi le pauvr'hèr', le griot, le vrai hérisson
Il n'savait pas qu'ton âm' entendait la même voix
La musiqu' c'était tout' sa vie
Il n'a pas su combien t'étais loin de l'Europe
Il t'a aidé pourtant à désormais choisir
La voix d'l'amour plutôt que cell' de la patrie
La voix de l'homm', d' la femm', de cell' qui nous guérit
Archie Shepp on s'était p't-être manqué à l'époque
La musiqu' c'était tout' sa vie
Mais c'est aussi la mienne, Eh oui !

12 Soul survival

Pas de ressentiment mais la joie
Pas de pleurs mais la vie
Pas de rancune, mais le swing
Politique de l'art
Musique du swing
Solo de guitare et extase
Musique de joie
Epreuve bien à part
Chant du rock'n'roll
Delta du Mississippi
Chant de la révolte
Pas de raison de s'laisser mourir
Ne pas chercher à taire
Mais dire tout haut
L'épreuve du ratage
Et celle du soubresaut
Combat pour aujourd'hui
Wait a minute !
Solo de guitare
Soul survival ...

13 Tambour du blues

Rouge, jaune, blanc, bleu et noir
Bats le tempo et bats la peau
Rouge, jaune, blanc, bleu et noir
Bats le tempo et bats la peau
Trace ta route dans le soir
Bats le tempo et bats la peau
Trace la route de ta mémoire
Bats le tempo et bats la peau
Crache le feu qui brûl' ton coeur
Bats le tempo et bats la peau
Crache le feu qui sue la peur
Bats le tempo et bats la peau
Badigeonne de jaun' l'espoir
Bats le tempo et bats la peau
Badigeonne les tonn' d'angoisse
Bats le tempo et bats la peau
Assum' le blanc et puis l'aurore
Bats le tempo et bats la peau
Assum' le blanc et crie très fort
Bats le tempo et bats la peau
Joue la note bleue qui s'égare
Bats le tempo et bats la peau
Joue la note bleue qui te parle
Bats le tempo et bats la peau
Rouge, jaune, blanc, bleu et noir
Bats le tempo et bats la peau
Rouge, jaune, blanc, bleu et noir
Bats le tempo et bats la peau.

14 Longtemps

Longtemps ils ont attendu celui
Qui les sauverait, au bord du fleuve dans le pré
Longtemps ils ont attendu avec des larmes
Avec des cris, celui dont on leur parlait
Celui qu aime, celui qui sauve, longtemps ils ont attendu
Et la vie passait et les songes s'en allaient
Et les guitares arrivaient et le blues naissait
Le gospel suivait, traversait la mer aussi
Tant bien que mal la note bleue résonnait
Longtemps, longtemps et toutes les âmes
Brisées demeuraient là, écoutant
Le chant suave, amer et si doux
Ouvert sur la nuit, les yeux fermés
Ouvert sur le dedans, mais encore...
"Es-tu prêt à prendre la route enfin ?
Es-tu prêt à vivre le chant rêvé ?"
Longtemps ils ont attendu, longtemps
Longtemps...

15 L'esprit qui danse

Tu prends la route demain, dès que tu peux
Keb' Mo' à la radio
L'harmonica, la basse, le chant
Pas de doute, il y a un esprit qui danse
Le femme que tu aimes, la femme
Et l'harmonica...
Car la femme que tu aimes
Te rejoindra.
Tu prends la route vers les montagnes
Keb' Mo' a le blues, il n'y a personne
Et le désert à droite et à gauche
Il y a cependant cette basse et cette
Batterie, à contre-temps
Hé, Ho!
Orgue, pourquoi es-tu si hot ?
Tu n'es pas le seul à vivre ça !
La radio ronronne, la "caisse"
résonne ; ne cherche pas à expliquer
Tu peux voir la vérité quelque part
Entre les notes et c'est bien
Solo...Tu prends la route demain
Tu n'es plus seul, "come on baby !"
Allez viens!, l'esprit qui danse est à tes côtés
Souviens-toi si tu peux de cette lumière
La femme que tu aimes est là aussi
Rien de tout cela n'est vain.

16 Muddy la nuit

Le tambours battent le blues la nuit
Des trombes d'eau tombent
La pluie se répand de là-haut
La femme s'éloigne
Et tu cries, oui !
Reviendras-tu, dis ?
"Let's spend the night together"
Le son de Muddy, sa guitare
Quand, mais quand ?
L'océan bleui
Pas d'étoile cette nuit
Pas d'espoir
La nuit s'avance et tu cries !
"Let's spend the night together"
Un éclair traverse le ciel
La pluie dégringole et un avion s'envole
Dans le ciel, et tu cries
De désespoir
Les tambours battent le blues, la nuit.

17 Le blues de la frontière

Rien de très original
La banalité du séjour
A la frontière, est un fait
Universel
De plus en plus seuls et
De plus en plus nombreux
Les hommes de nulle part
Banalisent l'absurde
Tragique mystification
Massification du mal
Rien de très original
Le blues de la frontière
Entre ciel et mer
Bateaux de nulle part
Hommes de toutes couleurs
Entre terre et ciel
Avions récupérés
Voitures amères
Camions perdus
Rien que de très banal
Identités volées
Innocences bafouées
Virginité perdue
De plus en plus de salissure
Rien de très original
Trafic de faux-papiers
Esclavage humain
A la frontière de l'abject
Le blues de la frontière
Entre ombre et lumière
Entre chien et loup
A la lisière de l'enfer
Intolérable lâcheté du mal
Sur les bords de l'absurde
La scie du silence fait son
Travail sourdement
L'humanité complice tacitement
Acquiesce.

18 Là où poussent tes rêves

Où sont tes racin' man
Mais où donc sont-elles ?
T'as beau chercher partout
Mais tu n'trouves rien du tout
Où se sont-elles perdues ?
T'as beau dir' "c'est fichu"
Faut continuer man
Continuer à chercher
Tes racin' sont là-bas
Là où dorm' tes ancêtres
Tes racin' sont en toi
Là où vit un' lumière
Tes racin' poussent en toi
Là où est ta mémoire
Là où est ton regard
Là où est ton savoir
Où sont tes racin' man
Mais où donc sont-elles ?
T'as beau chercher partout
Mais tu n'trouves rien du tout
T'as trouvé tes racines
Tout au fond de ton coeur
Là où dorment tes rêves
Là où est ton désir
T'as trouvé tes racines
Dans un pays lointain
Sur la terre africaine
Là où chant' les griots
T'as trouvé ton pays
Des sons une atmosphère
Des mélodies qui draînent
Des sentiments enfouis
Où sont tes racin' man
Mais où donc sont-elles ?
T'as beau chercher partout
Mais tu n'trouves rien du tout
Les racin' c'est comme l'eau
Ca s'en va ça revient
Dans la mer, dans le ciel
Là où bat le tempo
Les racin' c'est léger
C'est comme un' corde raide
C'est fragile et ça joue
Comm' un vieil air de blues.

 

MAUVAISES IDEES


1 De melon ou de pastèque

De tous côtés on entend plus
qu'les philosoph', les gens sérieux
"Là où je pense je ne suis pas"
Lacan n'pens' pas là où il est
Le poète ne pense pas
Mais il donne à bien penser
La poésie n'est plus perçue
com' ce qui donne à espérer
Les gens sérieux l'ont trucidée
Et pourtant elle ne pense pas
Au dessus de la pensée
Il y a l'homme qui habite en poète...

2 A mort l'espoir

Il a grandi dans une "bibli"
il aimait jouer avec les mots
Et il adorait les gros mots
Tuer des hommes, pas difficile
Suffit d'le faire en y croyant
Rien de vulgaire dans sa tenue
Des p'tites lunettes très com' il faut
Un peu planqué pas collabo
Tuer des hommes, très difficile
Suffit d'le dire en y croyant
Ecrire des livres, très difficiles...
Avoir du styl' c'est moins facile
Y voit guère encor' que du feu
Jamais fâché avec la guerre
Toujours prêt pour le coup de feu
Tuer des hommes ,très difficile
suffit d'le dire en y croyant
A bien vécu pas loin d'l'ascèse
Mais c' qu'est plus dur à assurer
C'est d'parler pour l'éternité
Parler des hommes sans trop y croire
Parler d'la vie sans bien l'aimer
Parler d'l'amour sans rien savoir
Ecrire la guerre sans y penser
Penser à mal sans le vouloir
Et condamner à mort l'espoir
Tuer des hommes, très difficile
Suffit d'le dire en y croyant.

3 T'as pas l'choix

Y'en a qui ont deux sangs
D'autres qui ont deux histoires
Y'en a qui ont deux cultures
D'autres qui n'en ont mêm' pas
A l'heur' des grand' rencontres
A l'heur' des rendez-vous
Des civilisations
Des purs, des nouveaux riches
D'la religion élue
Ou bien d'la République
Méfie -toi des grand mots
Des mots qui tuent à vue
Méfie-toi des idées
Qui séparent les largués
Du rest' d'l'humanité
Du rest' t'as des idées
Faudrait voir à s'aimer
Pas à cohabiter
Y'a pas à faire semblant
Suffit l'hypocrisie.

4 Sur une route

Un anar en entier
Un gars des bas quartiers
Un fils du soleil qui préférait sa mère
A la justice abstraite
Vivant la vie qui colle à la peau
Où tout n'est pas permis
Prétendant donner au monde
Le monde, sa patrie
Un vrai créateur qui luttait
Contre le factice sans être réaliste
Faisant limite à la violence
Pas l'envers sans l'endroit
Sans versatilité, jamais
La vie le temps qu'il faut
Vie qui colle à la peau
Le monde, sa patrie
L'artiste qui choisit d'être solitaire
Et solidaire, aussi
C'est possible si t'es pas dans l'esthétisme
Pas facile d'aimer sans oublier la mort
Révolté dans la lumière
Sans oublier le style
La vie le temps qu'il faut
Vie qui colle à la peau
Camus, l'anar, vie au niveau de tous
Jamais séparé du mouvement de l'amour
Etre sans chercher à paraître
Etre sans abandonner la voie absurde
La voie qui s'ouvre sur l'homme
Qui aime la lutte
Où tout n'est pas permis
Le monde, sa patrie.

5 Le ciel tout noir

Si t'es pas là Divin' enfant
Si t'es pas là ce soir d'printemps
C'est qu't'es parti, c'est qu't'es parti
Un jour tout seul, là-haut au ciel
Parce qu'c'est très dur, oui c'est très dur
D'passer par l'trou d'une aiguille
Tu étais simple, tu ressemblais
A un enfant, pas très parfait
Plutôt levain qui fait les grands
Renard d'Herode pas très costaud
Tu aimais voir la porte étroite
Et pour finir le ciel tout noir
T'étais le fils d'un Dieu absent
Toujours présent pour tout quitter
Pour t'en aller r'mettr' les péchés
Jamais content de les lâcher
Qui te voyait , voyait trop clair
Et c'est pourquoi t'es mort un soir
Si tu nous manques certain sal' jour
Si tu nos manques c'est parce qu'en tous
Dort un enfant, c'est parce qu'en tous
Une âme perdue, enfant des rues
Qui crie au s'cours, qu'a peur des grands
Et du sal' temps, et du silence.

6 Prague secrète

"Qui couche avec les chiens attrape
Des puces" Parole outrageante
Recherche d'un chien jamais là
Sauf pour déranger vraiment
"Journal" de Kafka, lecture
Si troublante, "Le Procès, " le
Château", l'homme pâle au chapeau
Noir, il a aimé Prague roco-
connu Prague
La ville comme ouvroir pour le
Cauchemar de la "ville mère"
Prague secrète la première
Solution pour une approche
Tribunal de la raison pure
Incroyable aventure qui dure
en Kafka
Et ce chagrin , ce coeur défait
Cet homme qu'on associait
Quelque part à une victime
"Je me suis mis à cracher"dit-
il a son père (Lettre au Père)
Petit à petit, peut-être est
Venue la conscience de tout
Mettre dans le style dérou-
-tant Kafka
L'univers de Kafka, son oeuvre
Le juif du côté du rejet
Situation consciente, peur
Pour les dominés, opprimés
C'est peut-être aussi pourquoi nous
Nous sentons si proche malgré tout
de Kafka.


7 Passion sublime

Les Arts premiers entrent au
Louvre, hors série
Trésors d'autres mondes
Out of Africa
N'oublions pas que
C'était avant nous
La façon de regarder
droit au Louvre
La passion
Absolue
Des hommages
Chefs- d'oeuvres du monde entier
Trois quarts d'l'humanité
Oeuvres majeures produites
Sans être justifiées
Le meilleur des cultures exclues
Egalité des oubliés
La République les élit
Conservateur du monde entier
La passion
Absolue
Des hommages
Le chemin de la création
Pour montrer tous les beaux objets
Masques, sculptures, maternités
Ancienneté des séductions
Objets sublimes à présenter
Le pavillon de la rencontre
Des continents pour l'Occident
Eldorado de tout marchand
Européens redécouvrez
Les oeuvres des plus dépouillés
Histoire du Musée
Fin de siècle civilisé
La passion
Sublime
Des hommages
Du Cubisme à l'art africain
Océanie arborescente
Plus d'un Tipi américain
L'origine éclaire le présent
La passion
Sublime
Des hommages.

8 Toi l'arbre

Pour moi parler des arbres
Parler du bruit des feuilles
C'est parler de lumière
Des lianes qui montent au ciel
Parler d'l'écorce qui casse
Des fourmis qu'on écrase
C'est encore le temps qui passe
Parler du vent, d'la pluie
Des jours qui passent dessus
Des hivers et des nuits
Les arbres on monte dessus
Des espoirs qui reviennent
Toi l'arbre t'es un sage, un vrai bonze
T'es la sève, t'es le jus
L'éternité en acte
Et j'envie ton silence.

9 La vie s'invente ici

Rupture, pas sûre
Toujours prêt pour
Partir, sortir
Pour aller où ?
Vers quel futur ?
Suffit pourtant d'comprendre
Qu'le monde est devant toi
Le bateau ivre
Puis le déluge
Un' îl' déserte
Et vient l'ennui
Vraie ritournelle
Mélodie pure
Son de piano
Air de guitare
Son de saxo
T'es pas avare
Suffit pourtant d'comprendre
Qu'le monde est devant toi
Couleur très pure
Dunes au soleil
Bateau perdu
Violon qui pleure
Chanson pour rien
Pas vraiment dur
Question d'vision
Trouver l'bon ton
La forme pure
Pas trop chercher
Suffit pourtant d'comprendre
Qu'la vie s'invente ici.

10 Le chanteur

Son rêve était très dur
Tout comme le cristal
Il croyait dans l'art pur
Mais pas dans l'art pour l'art
Révolté il l'était
Rebelle aussi peut-être
Ses rêves étaient d'papier
Tous ses mots d'amour fou
Même pas très facile
A vivr' sans doute aussi
Ses mots étaient de soie
Quand il rêvait de toi
Il croyait dans le beau
Mais pas dans l'art classique
Son goût était plutôt
Dans la rime électrique
Révolté il l'était
Rebelle aussi peut-être
Toujours prêt à partir
Sa vie était ailleurs
Tout com' Verlaine d'ailleurs
Ou bien comme Rimbaud
Il rêvait d'autres fêtes
Il croyait dans la quête
Il croyait dans les mots
Les figures et les sons
Dans la géomérie
Des sentiments sublimes
Révolté il l'était
Rebelle aussi peut-être
Tout comm' Baud'laire aussi
Il rêvait d'paradis.


11 Rêve du dieu

Et si le monde était
Le rêve d'un dieu qui
Dort, dort, dort longtemps puis
n'se réveillait jamais
Et si nos vies étaient
Le jeu d'un dieu qui rêve
rêv' longtemps sans s'lasser
Et si l'amour était
La preuv' que le dieu est
L'artist' qui fait l'spectacle
Et si la mort était
Le rêv' du dieu qui dure
Et si la femme était
Le rêv' de l'homme en plus
Et si l'homme était bien
Le rêv' de l'enfant qui vient
Et si l'artiste était
Le rêv' de l'oeuvr' qui dure
Et si son oeuvre était
Le rêv' de l'homm' en plus
Alors l'artist' s'rait comme
Un dieu qui f'rait le monde
Son oeuvre s'rait comm' le monde
Un rêve qui prend forme
Homm', femm', enfants s'raient tous
Le rêve d'un dieu qui
Dort, dort, dort longtemps puis
N'se réveill'rait jamais
Et si nos vies étaient
Le jeu d'un dieu qui rêve
Rêv' longtemps sans t'lasser
Car l'amour est bien la
Preuv' qu'l'artist' en toi a
Apprécié le jeu...

12 A ceux qui sont partis

Valises et mouvements, partir
Beaux gestes et desespoir, envies
Des rires et des espoirs, enfuis
Comme une plaie qui envahit
L'esprit des voyageurs, qui rôdent
Les cris des passants qui les frôlent
La tête vide qui éclate
Les beaux objets, les belles tables
Les hôtels quatre étoiles qui rongent
Les plages et les toilett' qui tonnent
Jett', jett', jett' des ordure pas tonnes
L'imag' des vanités pas mortes
Les rob' des belles femm' qui frôlent
L'esprit des beaux jeunes hommes
Qui tonne dans la vallée des larmes
J'ador'les natur' mort' qui clament
La vanité des hom' qui fuient
Qui traînent dans le monde leur ennui
Sentez donc la vie qui passe
La lumière qui vous dépasse
Les jeux d'enfants qui vous ennuient
Qui humilient vos coeurs meurtris
Que Dieu puniss' les hommes de peu
La vanité des femm' de peu
Ainsi voudra celui qui juge
Au moment d'régler vot' note
Vous fair' payer pour votre cure
De balivernes et de "bons mots"
A vous les autruches et les gueux
Encravatés et parfumés
Les voyagist' de nulle part
Les hôteliers, sans hôt' nul' part
Vertige de l'amour en plus
A travers monts et merveilles
Plus vid' que des outres percées
Dans le désert de votre chute.

 

AMERICA

1 La route australe

On lui avait dit" c'est facile"
Tu suis la route du Condor
Travers' les And' et c'est tout droit
Terre de feu, Patagonie
A vu des ch'vaux des gauchos
A failli perdre la mémoire
La route australe en construction
C'est tout là-bas au bout des songes
Le monde et l'homme en harmonie
C'est tout là-haut au coeur des Andes
Indiens qui dansent au son des flûtes
Chemins qui montent à l'infini
Macchuppichu abandonné
Royaume inca dans les nuages
Peuple de rois chez les oiseaux
Oiseaux de feu, festivités
Neiges éternelles et Aymaras
Le sentiment très vif du beau
Il est parti un beau matin
A suivi la route du Condor
Chaînes de montagnes et Pacifique
Le monde et l'homme en harmonie
Est devenu un' sort' d'Indien
Au bout du mond' pays des songes
Traversé des plateaux déserts
A vu la mort au bord des routes
" camions taxis" et précipices
A suivi la voie des Indiens
Pacha Mama et sacrifices
A vu des Hommes, des vrais héros
Il n'est jamais rev'nu d'là-bas
La route australe en construction
C'est tout là-bas au bout des songes
A failli perdre la mémoire
Est devenu un' sort' d'Indien
Il a enfin trouvé son ch'min.

 

2 L'Indien qui chante

L'Indien qui chante fait basculer
La nuit, le jour dans le silence
Les villes immens', lumière au centre
L'Histoire, le temps, derrièr' le ciel
L'homme qui chant' nous fait rêver
Magie du chant dessins d'écorce
Papillons, peaux, masques sauvages
Dessin du cerf, oeil du vautour
L'homme est le mond', le monde est l'homme
Sign' inconnus qui nous aveuglent
L'Indien qui chant' nous fait rêver
Visages des femm', feuilles des arbres
Cris dans la nuit, rythme du coeur
Peur de la mort, magie des fleurs
L'homme qui chante fait basculer
La vie, la bruit, la mer, le monde
Au même instant on est l'étoile
La flûte et tout' la création
Trois tub' de bois et la musique
L'Indien qui chante nous fait rêver
Désir ardent des amazones
Couleurs de peaux, couleurs pinceaux
Frontièr' sacrées avant, après
Flèches, tabous, supplications
L'homme qui chante fait basculer
La vie, la mort sans y penser
Tête du jaguar et société
Bec de Toucan et Singe hurleur
L'Indien qui chante nous fait rêver
Magie du chant, souffle du feu
Flèche sur un morceau de bois
Loin de l'Europe des incendies
Nez camus d'homm' qui chasse à l'arc
L'homme qui laisse choir sa lourde hache
L'homme qui chante fait basculer
Un continent dans la mémoire
Au même instant on est l'étoile
Le chant indien qui nous propulse
Jusqu'aux frontièr' de l'invisible
La flûte et tout' la création
Trois tub' de bois et la musique
L'Indien qui chant' nous fait rêver.


3 Terre de feu

Une histoir' pas académique
Une vie pas très dans les clous
Pour un temps pas très romantique
Dans un climat plutôt "ripoux"
Si tu veux être ou bien avoir
Faut t'décider sans hésiter
Y'a pas de place pour le hasard
Y'a qu'des occases sans hésiter
Parti un jour sur un bateau
Sur l'Atlantique sur un rafiot
Chercher le paradis terrestre
Colomb n'a pas fait mieux peuchère
Arrivé sans savoir pourquoi
A Caracas ou à Rio
Chercher l'ami, la bonne adresse
Fuis les cafards et la chaleur
Mange des pastèques, rencontr' l'âm' soeur
Découvr' l'amour et les emmerdes
A Caracas ou à Rio
Taxi vers Maracaïbo
To be or not, il faut savoir
Shakespeare l'a dit, ça c'est bien sûr
Trouvé l'endroit plutôt pas sûr
Parti tout droit vers les montagnes
Perdue l'amie un beau matin
Tu t'retrouves seul sur le chemin
A la frontièr' d' la Colombie
Etre ou avoir, il faut choisir
On tue là-bas pour cinquante balles
Tu ranges tes livres dans une armoire
Tu loues une tire et tu te barres
La Patagonie c'est tout droit
Direction la Terre de feu
Découvr' la solitude en plus
Cherche l'endroit ou c'est p't-être mieux
Cherche le paradis en plus
Un ranch et puis quelques chevaux
Le vent qui souffl' mais tu tiens l'coup
Homme à tout fair' pour pas un clou
Mais t'es heureux et ça vaut d'l'or.

4 Cuba (à Edouardo Manet)

Pourquoi cette mémoire
Qui te ramène là-bas
Où tu attends de voir
Les souv'nirs qui s'égarent
Ces voitures qui défilent
Avec ces hommes en gris
Qui les conduis' là-bas
Où trôn' le roi des rats
Ces chants, ces danses, ces rires
Ces foul' qui dis' Hourra!
Qui n'ont pas l'droit d'partir
Et qui n'en revienn' pas...
A Edouardo Manet, l'homme blessé qui rit
A Edouardo Manet qui se souvient d'ici
Encor' des rir' d'enfants
Qui s'perdent à La Havane
Encor' des cris de grands
Qui s'perdent au fond des caves
Des lourds sanglots de rage
Des chants d'hommes en lambeaux
Des nuits de desespoir
Des pluies de rêves en trop
La guerre est dans les têtes
La guerr' des mots qui tuent
L'orgueil et puis l'honneur
Celui du Père Ubu
A Edouardo Manet l'homme blessé qui rit
A Edouardo Manet qui se souvient d'ici
Les monuments d'la haine
La défait' des esprits
Les mots qui suent la haine
La pein' qui ruin' la vie
Tous les espoirs morts-nés
Ceux d'un jour qui s'inscrit
Dans le ciel utopique
Des idées mal pensées
Puisque c'est la violence
Puisque c'est le fusil
Puisque c'est la souffrance
Qui guidait les esprits
A Edouardo Manet, l'homme blessé qui rit
A Edouardo Manet qui se souvient d'ici
Où est passé l'amour
Où sont passées les femmes
Qui nous rendraient le jour
Par delà toutes les larmes
Il n'y a plus d'horizon
Là où les corbeaux croissent
Il n'y a plus de pardon
Quand disparaît la trace
D'la lumièr' des lend'mains
D'la main de mon prochain
D'la pensée qui s'éveille
D'la rosée du matin...
A Edouardo Manet, l'homme blessé qui rit
A Edouardo Manet qui se souvient d'ici.

5 Les gens du cirque

Il sont arrivés tous ensemble
Sur la vieill' plac' près du ruisseau
Dans c'pays chaud ou l'herbe pousse
Plus vit' qu'la pluie tombe à plein saut
Les gens du cirque
Ils ont dressé haut le grand mât
Tout jaun' dans le ciel nuageux
Et l'vent du nord qui bat la toile
Patienc' tranquill' des gens d'null' part
Les gens du cirque
Y 'a l'clown qui fait jouer ses gammes
L'accordéon tout doux, tout doux
Et l'acrobat' ses pirouettes
Et le dresseur et sa girafe
Les gens du cirque
Le chameau qui mâch' sa rancune
Le tigr' qui s'fait tout dur, tout dur
L'équilibriste et sa compagne
Belle à fair ' chanter les oiseaux
Les gens du cirque
A Caracas ça joue des coudes
Pour les voir rien qu'un p'tit moment
Pour arriver jusqu'à la place
Près du ruisseau jusqu'au lend'main
Les gens du cirque
T'as rien perdu du vrai spectacle
De l'air de Salsa qui remue
Deux, trois Indienn ' qui dansent en plus
Et puis le jour qui s'couch' douc'ment
Les gens du cirque.

 

ROCK

1 Le Roi lézard

Jim the best , oui le Roi lézard
Jim la légend' du rock n'roll
Jim, mais où es-tu dans tout ça ?
Les Portes de la perception
Qui cherche trouve au plus profond
L'âme des morts, des vieux Indiens
Pollock aussi s'en doutait bien
En tout homm' gît un' terr' profonde
Jim t'étais un vrai guerrier, oui
Un homm' d'honneur fils du serpent
Un qui adorait gambader
Sur les pelous' des bien pensants
Un qui craignait pas de paraître
Comme le Hollandais volant
Parti à la recherch' sans fin
D'la liberté même hors du temps
Jim t'as pas vécu trop vieux, non
Pas vu les golden boys non plus
L'écroulement des Twin Towers
La guerr' du voil' qui n'en peut plus
Jim non t'aurais pas rigolé
Si t'avais dû r'garder un' fille
Habillée chez les intégristes
Et le grand frèr' qu'est jamais loin
C'est pas la fin du mond' non plus
C'est just' qu'le mond' n'a plus d'boussole
Qu'il n' y a plus qu'le fric et Dieu
Pour s'guider au milieu d'la nuit
C'est just' qu'la liberté s'enfuit
Avec les rêv' des homm' qui aiment
La pluie, le vent, le sabl' les femmes
La poésie des romantiques
Jim t'as pas tout perdu quand même
Il t'reste une tombe au Père Lachaise
Tout' taguée de p'tits mots qui t'aiment
De lettr' d'amour comm' tu les aimes.


2 Rock dream

Le temps détruit tout ce qui est
Viv' les cowboys de la West coast
Les pierres qui roulent n'amassent pas mousse
Mais mon amour n'a pas de fin
Les songwriters, Le Lotus bleu
L'outrage du temps, Boule de cristal
Tintin, Milou et puis Hergé
Mais mon amour pour le Pop art
L'amour toujours pour Chuck Berry
Jerry Lee Lewis, Bo Diddley
Et la musiqu'd'Elvis Presley
Tu t'tires très loin dans le désert
Et puis bye bye le rêv' du rock
Et puis bye bye David et Lou
Tina Turner, Budy Holly
T t'tires au Pays de l'or noir
Adieu les superstars du rock
Et mêm' adieu Bob Zimmerman
Et puis bye bye tout' mes idoles
J'me tire vit' chez les Picaros
L'amour toujours pour le Rock dream
J'ne peux pas croir' que tout finisse
Lundi, mardi et mercredi
Fuyons pendant que c'est possible
Et puis bye bye le rêve du rock
Bye, bye, Dilan et Mick
Tu t'tires très loin Coke en stock
Tintin, Milou, Cap'tain Haddock
Bye, bye, Strawberry fields
Forever et Georges Harrison
California girls, fun, fun
Et puis bye, bye Eddie Cochran
Tu t'tires très loin sur la lune
Dupont, Dupont et Tournesol
The Who, The Band are on the road
Bye, bye The Byrds and Jo.


AMOURS

1 Tu penses au temps

Tu penses au temps
Tu ne penses à rien
Tu penses au vent
Tu penses que tout s'échappe
Tu penses aux feuilles qui s'envolent
Et qui retombent, plus lourdes que l'air
A une chanson qui se fredonne
Et qui te fait frissonner
Tu penses à la vie qui va
Qui rythme le temps qui passe
A une musique de blues
Dont tu as la nostalgie
Aux gens qui vont et viennent
Et qui espèrent
Tu penses au temps
Tu penses à celle que tu aimes
Et qui reviendra
Et que tu espères
Et tu desespères
Tu penses au temps
Tu penses à la vie qui va
Qui rythme le temps, sans cesse.

2 Une idée bleue

Comme un long blues qui ajoute à la peine
Les horizons d'hiver, les sons d'été
Je ne sais pourquoi je pense à elle
A cette rout' qui conduit à la mer

Un chemin plat, sans arbre, sans personne
Une chanson qui sonn' comm' rien au monde
Une idée bleue que rien ne trahit plus
Métal précieux d'un sentiment qui dure

Comme si le mond' répondait au désir
Que tout suivait la courb' du souvenir
Je ne sais pourquoi je pense à elle

Dans la ferveur qui revient à l'esprit
Et lentement envahit tout' la nuit
S'avanc' la rout' qui conduit à la mer.

 

3 Le tableau inachevé ( à la mémoire de mon ami Ramon)

L'homme march' dans la nuit et repart aussitôt
Un autre' le suit bientôt, trois ou quatr' vont derrière
Là où tu vas tout seul l'horizon fait barrière
Et puis les jours s'en vont sans qu'on arrive bientôt

Le peintre arriv' parfois à toucher l'indicible
Nostalgie sans objet, objet bien inconnu
Cell' d'un jour qui s'effac', cell' d'un jour disparu
Quelque chos' d'à jamais, oui d'à jamais parti

Comme un point dans la nuit, un point roug' qui clignote
Un, deux,trois, quatr', cinq, six, sont partis sans retour
Qui dit les heur' enfuies, les espoirs, les retours

Mélancolie toujours d'un grand jour qui s'éloigne
D'une femm', d'un amour, d'un parcours en allé
D'un lumièr' qui se chach', d'un av'nir en allé.

4 L'intruse

Le soir est tombé
Fred en Amérique
S'demand' ce qu'il fait
Là, désolation
Il reste figé
Des années après
Le temps a franchi
Comme à l'abandon
Le cap des années
En ouvrant un livre,
La photo d'un' fille
Il l'entend l'appeler
"mystérieux bonhomme"
Un' façade d'immeuble
Des murs oubliés
Sentiment étrange
Pavillon méfiance
Des lettre effacées
Des années après
Restait silencieux
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Son visage anxieux
Question indiscrète
Une année heureuse
Photo dans un livre
Venue le chercher
Photo d'une amie
Fred se souvient bien
"Boire quelque chose"
Cett' fille y'a longtemps
Habitait l'immeuble
Drôle de coïncidence
Le livr' parl' d'un homme
D'un' photo perdue
Et puis retrouvée
Cherchez bien l'intruse
Lève ensuit' la tête
Remonter le temps
Pouss' le canapé
L'époqu' l'intéresse
Se souvient très bien
Souvenirs rangés
Musiqu' d'un orchestre
Une ramp' de cuivre
Le soleil qui luit
Pourquoi ce visage ?
Pourquoi cett' musique ?
Ces coups assourdis
Qui heurt' sa mémoire
Une têt' douc' qui veille
Dans l'ombre d'un livre
Tache clair' légère
Tombée dans la nuit
Silhouette blanche...
Fred revoit une porte
Un appartement
Il retrouve un nom
Visage irréel
Des heures échangées
La nuit est tombée
Chemins qui s'éloignent
Les arbres un terre-plein
Café quelque chose
Ell' venait m'rejoindre
Terrass' de café
Sous les feuillag' verts
Quest-ce que j'fais ici ?
Fred en Amérique
Se revoit là-bas
D'l'autr' côté d'la mer
Just' devant l'immeuble
Passé qui n'pass' pas.


5 Venise

Arrivée à Venise
Par le train de midi
Les rêves qui t'habitent
Les rêves de Venise
Tu longes des canaux
Le ciel glauqu' les oiseaux
Tu t'en vas sans savoir
C'que tu cherches n'est plus là
Arrivée à Venise
Où les rêves s'évaporent
Dans les rues des enfants
Sifflent jusqu'à la nuit
Arrivée à Venise
Où les espoirs déchus
Cet automne qui dure
Ces lueurs qui sourient
Arrivée à Venise
Un' gal'rie de peintures
Sur des toiles vendues
Des bateaux dans la nuit
Ils te montrent la voie
Des départs inconnus
Des désirs infinis
Des détours imprévus
Et pourquoi pas encore
Et pourquoi pas toujours
Les amours qui perdurent
Qui revienn' bien encore
Puis tu quittes la ville
Dans le bruit d'une gare
C'était donc ça Venise
Et des portes qui claquent.

6 La fable des jardins

L'Ouvert est la voie sûre
La clé en est certaine
Dans le chemin qui s'offre
Est la garantie de la route
La porte jamais ne reste fermée
A celui qui ose le départ
Il n'y a qu'un moyen
De ne pas perdre le but
Viser haut et loin
Vers la clarté entrevue
Les étoiles sont là
Pour indiquer le nord
Et le sud au voyageur indéterminé
L'océan stable porte toujours
Un secret, la montagne
Aussi est un symbole fixe
Nulle étincelle ne suffit
A allumer le feu du remord
Aux quatre coins du monde
Sont suspendus les jardins à trouver.

7 La porte du jour

Ici pas de petits doutes , mais de grandes enjambées
Tu trouveras l'or qui prolonge la soif
Rien de ce qui existe ne t'échappera
Car la richesse n'attend pas les raisons chétives
Pourquoi donc hésiter encore? Et n'écoute plus les Cassandre
Le monde du mal se disperse dans l'oubli
Avance, avance encore. Une heure de joie pour l'amour
Et les gouffres élevés
Les autre gisent là d'avoir perdu courage
Rien n'attend moins ici que l'espoir, que le métier de vivre
Le simple normal, la mort lente y échouent aussi.

 

8 Tout le monde veut savoir.

Le ciel est livide, un fil électrique
Au-dessus de ta tête, le vide
Le paysage aride, la chaleur torride
Les oiseaux s'en sont allés au loin
Sous tes pieds, l'envie, l'envie de quoi ?
Tu sais que tu n'es pas parti pour rien
Tu as payé le prix, voulais que ça swingue
( La guitare en mi, solo en furie )
Tu ralentis le pas, liberté au carrefour
(Guitare stridente dans le tympan)
L'horizon retrécit, le temps aussi
Es-tu sûr de la direction à prendre ?
Personne ne passe plus par là, non !
Es-tu si libre que tu le crois ?
Si seul sur la route, si loin la ville !
Les oiseaux s'en sont allés au loin
Les bateaux ont pris le large aussi
La nuit s'avance et tu ne sais plus
Et toi ! Et toi ! (batterie, basse, guitare)
Les années se sont lentement écoulées
Pas d'herbe ici, pas d'Indien non plus
Tous les chemins mènent à l'autre
Le sablier est oublié, l'amour toujours
Là au fond du coeur, et si tu lui disais
Que tu l'aimes encore : un homme, une femme
Donner et recevoir, ( les choeurs ), le coeur
Lyrique, musique et harmonie
Les oiseaux, etc, etc...

 

 

METHODE DES ALTITUDES

 

1 Vers là haut

Comme souffle le vent, tu vas vers le haut. Comme un ballon gonflé d'air, tu montes. Et tu ne vois plus le sol, si loin, si petit, si circonscrit. Puis la mer apparaît, les côtes découpées. Les petits bateaux qui vont sagement, posés sur l'eau. Et tu continues. Tu te souviens de Muddy Waters. Tu te demandes comment exprimer une philosophie du blues. Tu songes encore à Muddy "Let's spend the night..." etc. Le jour est clair. Il n'y a pas de nuage. Tu redescendrais bien, finalement. Mais où se poser ? Où trouver l'endroit qui convient ? Tu penses à cette histoire de tortue sans tête qui continuait de marcher... Tu penses au blues et le vent souffle. Tu vas vers là-haut, vers une île oubliée.

 

2 La voie férrée

Tu longes la voie férrée. Un train passe. Un harmonica résonne dans ton oreille. Jeune homme ou homme fait tu éprouves un grand sentiment de liberté. Une gitane t'as-t-elle prédit une bonne nouvelle ? Tu ne sais...mais tu marches avec assurance le long de la voie. Au loin tu aperçois un homme à cheval :
- Où vas-tu de ce pas ?
- Je descends la voie, et toi ?
- là-bas tu trouveras la ville que tu espères. Tu verras toute la nuit t'attend !
Je boirai quelque chose de frais, ça c'est sûr, c'est ma religion...
Tu regardes les rails. Tu te souviens de ceux qui les ont posés. L'harmonica revient hanter ton esprit "Baby please don't go...Before I'll be your dog !" Tu souris en te remémorant le jeu de guitare de Muddy Waters et sa voix qui t'accompagne le long de l'après-midi "I want you to love me". Un autre train te dépasse. Il file à toute allure vers la ville. Vers Babylone. A l'instant tu aimerais le suivre à moto . Mais tu longes la voie ferrée et tu es seulement à pied.

 

3 En attendant la lumière.

Elle éteint la lumière et elle me dit :
- Tu peux rester longtemps , mais moi j'attends . Prends ma main.
Et j'entends l'harmonica et j'entends la guitare électrique de Muddy.
J'attends le jour et je ne sais que penser.
- Tu sais que je suis comme mort ! Tu sais tout cela...
- Et alors chéri, tu bouges encore.
Je me demande , oui je me demande ce que je fais ici.
J'entends encore la guitare de Muddy.
Elle allume l'ampoule electrique et je file.

 

4 Le garage

J'ai rangé l'auto dans le garage. Et je me suis assis dedans. Dans le garage il fait chaud . Je n'ai besoin de rien. J'ai allumé la radio et j'entends Muddy qui me dit "She's alright"...La guitare sature. La basse résonne . Et je me sens un pauvre gars. C'est un peu comme dans un filme de cow boys. J'attends les indiens, j'attends le danger ! Et je me mets à taper des mains comme un gamin :
- " Let's spend the night together", avant que je tombe et que je m'écroule à tes pieds.

5 La colère du ciel

L'eau est partout. Elle s'écoule. Le ciel est noir et je suis seul. La maison, le toît, vont s'envoler.
- Tu sais, je t'appelle !
Il y a un son strident, des éclairs, comme une guitare et la voix de Buddy Guy qui hurle dans mes oreilles. Quelque chose vient et revient, la peur hideuse. Le beau temps s'en est allé et un flot puissant descend, mortel. L'inondation terrible crie sur le sol. Elle arrive, elle est là vivante dans le jardin , sur le gravier.
- Regarde ! l'eau se répand de tous les côtés. Où sont les rires ? Où est l'amour ?

 

 

AU-DELA

1 Léger

Une avancée dans la neige en écoutant Luther Allison. Une échappée dans les montagnes. Des verticales à l'horizon. Des rayons de soleil qui brûlent les paupières. Une sortie en altitude loin des sommets cependant et des exploits. La couleur bleue du ciel comme fond permanent et le sentiment d'avoir fui la veulerie, la proximité lourde de l'ennui, la méchanceté aussi des années qui pèsent. Avec l'intention de s'alléger encore, les heures passant. Le contentement à l'idée que la halte à l'abri sera goûtée solitairement. On avance plus près de soi. Plus près de rien. Comme un oiseau qui se pose sur la branche.

2 Bonze

Pour lui le temps ne passe pas. Les années ne comptent pas. Pour lui le temps s'allonge ou retrécit, il ne sait pas. Je l'ai rencontré il y a presque dix ans. Comme si c'était hier. Comme s'il avait eu vingt ans de moins. Il s'apparente aux bonzes. Il s'allège. Il s'élève. Il cultive la loi du Bouddha. Il vit quelque part du côté de Barcelone. C'est un ami silencieux. Un peintre-poète. Il ne sait pas que j'écris pour lui ces mots qui tracent un chemin de discrétion.

3 Tango

- Parle-moi d'une danse qui ne finit pas ! parle-moi d'un accordéon malade qui ne reviendra pas ! entends-tu la guitare de Ramon ? Pedro, souviens-toi des soirs dans les faubourgs...
Entre les jambes le tango rêvait.
- Silence, amour de canaille ! retourne-toi, pauvre hère, dans la nuit tout est calme. Entends-tu les femmes et leurs voix qui pleurent ?
Les âmes vadrouillent aussi.
Silence et regarde les larmes, et ris aussi ! l'amour est là. La mort et la misère sont loin.
- Parle-moi des doigts sur la guitare !
Sacrée ovation pour l'accordéon qui ne ment pas et n'imagine rien...

4 Stan

Lorsque Stan est descendu de la montagne, il savait. La lumière luisait encore dans le ciel. Il franchit le chemin escarpé et croisa son ombre. Il alla vers une grotte et chercha de l'eau, vit une statue harmonieuse et songea à la colonne...Celle qui se trouvait au sommet de la roche élevée. Cette colonne oubliée qui indiquait comme un repère, une voie stable, celle qui n'avait jamais disparue mais était à peu près invisible désormais. Il se dit qu'il fallait maintenant transmettre les mesures de la terre à qui de droit. Cela lui revenait, c'était son affaire.

5 L'hypothèse du chant.

Pour que ton chemin parle, encore faudrait-il
Pour que tu croies encore...
Suivre la trace du poète de la mémoire enfouie.
Non pas pour pleurer le sort, mais pour tenter en dernier lieu de chanter l'espoir.
Car le chant ignorant le savoir dit pourtant l'essentiel de ce qui demeure : l'appel du lien.
Le désir sauvegardé de la vie et ce que faute d'autre mot on nomme amour...

Mais le partage suppose l'horizon commun.
Or tu avances de plus en plus seul.
La fatigue vient de là , de cette charge que tu ne laisses pas choir.
Et tu pèses, et tu t'alourdis.
Et le monde s'éloigne, léger aussi.

La route du futur est jonchée d'esclaves
Qui ne supportent pas que l'expérience sépare.
Mais la liberté est justement à ta portée
Dans le présent qui s'ouvre et qui contient
le secret des métamorphoses infinies.

6 La musique du blues

La tristesse dans la joie et l'inverse,
la jubilation et le sentiment
mélancolique.
Mystère d'une histoire de départ,
forcé ?
Qui sait si l'affaire se ramène à cela...
On ne sait plus on fait des hypothèses
et des choix.
Derrière tout cela le plaisir de voir
quoiqu'il arrive,
un chez soi s'annoncer quelque part.
Mais pourquoi ?
L'issue est pourtant là,
pour toi.
Une mémoire d'exil.
Une histoire de voyages au delà.
Un chant , des prières et...
Tout cela fait une histoire de danses, d'amour, de liberté.
Qu'importe pour certains.
Mais pour d'autres cela n'aurait pu être oublié.
C'était l'affaire d'un désir,
d'une vie justifiée.


7 Ella chante

Une voix s'élève dans la nuit
Une voix chante un blues
Et l'air s'allège
Et plus rien n'est lourd
Miracle du son qui swingue
La mélodie danse
Rien de plus simple pourtant
Mais il reste tout à apprendre
On ne sait rien. On est si peu
Tout reste à saisir, tout est à faire
Le temps est si court et il faut vivre
Une voix s'élève dans la nuit
Qui nous rappelle que tout demeure possible
Ella chante le blues.

8 La flamme

J'ai pris ma moto et j'ai quitté la ville
Je me suis lancé sur l'autoroute
J'ai bifurqué à trente kilomètres de là
Il faisait nuit et c'était l'été
J'ai entendu un concert de crapauds
Et lorsque j'ai ôté mon casque
J'ai contemplé le ciel étoilé au-dessus de moi
J'ai senti comme un pincement au coeur
Tout était en ordre
Je me suis dit que le message était clair
Et qu'il fallait être sourd et aveugle
Pour ne pas l'entendre
Je devais y aller. Retourner voir Julie
Et lui faire comprendre le rôle que l'on tenait
Tous les deux dans la pièce
J'ai fait demi-tour, il était minuit vingt
Lorsque je suis arrivé à la maison, elle dormait
A point fermé. Je me suis couché près d'elle et
Miraculeusement elle n'a pas bronché
- C'est toi ? ai-je seulement entendu
- Oui chérie, je suis venu te dire que je reste.
Elle a émis un petit rire étouffé.
- Nous sommes faits l'un pour l'autre, ajoutai-je
- Tu veux dire que nous avons une mission à accomplir...
- C'est ça , ai-je répondu dans un souffle
Nous devons faire grandir l'amour.

 

9 City boy

Tu te lèves seul
Tu te réveilles au chant des oiseaux
Tu entends Keb' Mo' chanter :
"I'm just a city boy"
Tu te sens seul, et le tic-tac de
l'horloge résonne
Pourquoi cela, cette difficulté ?
Mais tu le sais, tu l'as compris
Elle ne reviendra pas, ou si
Mais enfin, tu l'entends rire
Tu l'entends chanter, tu la vois
Danser, oui danser
L'harmonica, la guitare de Keb'
Chaque jour tu comprends mieux
Dis leur qu'il n'y a pas de réponse
L'amour est bleu.

FIN

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